De Arbaminch, Éthiopie à Marsabit, Kenya – 7 jours, 641 km

Nous avons quitté Arbaminch le 28 février en direction de Marsabit, au Kenya, un trajet de 7 jours qui allait être assez ardu à cause de l’état lamentable de certaines routes.

La première journée, la route était assez belle, mais nous commencions à perdre patience envers les enfants éthiopiens qui nous lançaient des roches, nous quêtaient de l’argent ou du matériel (« You! Give me your money! », « Give me your pen! » et autres variations, 100+ fois par jour, pendant 3 semaines) et nous courraient après par dizaines. Il était temps qu’on change de pays, ce qui allait arriver le 3 mars. Heureusement pour nous, les quelques journées qui nous restaient en Éthiopie allaient se passer dans des coins reculés, où il y avait moins d’enfants.

La deuxième journée faisait seulement 90 km, mais ça ne m’a pas empêché de prendre 9h pour en venir à bout en incluant mes arrêts. La route n’était pas pavée et était en piteux état par endroits – j’ai dû marcher à 3 km/h à côté de mon vélo dans une montée, car je n’arrivais pas à avoir la traction et le contrôle nécessaire pour avancer sur le vélo. Il va sans dire que les gens du groupe qui ont des vélos de montagne ont eu davantage de plaisir sur cette route que ceux, comme moi, qui ont des vélos de route ou de cyclotourisme.

Les deux journées suivantes se sont assez bien déroulées, et nous avons eu une agréable surprise en entrant au Kenya : le visa nous a coûté 25$ US, alors qu’on s’était fait dire que ce serait 50$. Après avoir traversé la frontière, j’en ai profité pour faire une sieste à notre camping, car je savais que les journées qui s’en venaient allaient être parmi les plus difficiles du voyage.

Comme de fait… chemins de terre avec ondulations, sable, gravelle, grosses roches en travers… les camionneurs brisent souvent des suspensions sur la route entre Moyale et Marsabit. La première journée n’était pas si mal, mais ça s’est gâté par la suite. La deuxième journée, j’ai pris 10h15 pour parcourir 83 km, et j’allais parfois à moins de 7 km/h en après-midi, sur du plat! J’ai bu un total de 9 litres d’eau cette journée-là, et j’étais épuisé en fin d’après-midi, quand je suis arrivé au camp : combinaison de la chaleur (40°C), des vibrations sur la route, quelques chutes, la fatigue accumulée de la semaine, et l’infection de la gorge et des sinus que mon corps combattait avec l’aide d’antibiotiques. J’ai alors décidé que le lendemain, j’allais perdre mon statut EFI (Every Fabulous Inch), donné aux cyclistes qui parcourent tout le trajet du Tour d’Afrique sur leur vélo, et que j’allais rouler dans un des camions de support pour me reposer et donner des chances à mon corps de combattre la maladie.

Avec le recul, je suis très satisfait de ma décision : je me sens beaucoup mieux maintenant, et je crois être sur le point d’être guéri. La journée d’hier était par ailleurs très difficile, ayant été qualifiée d’aussi difficile qu’un Ironman par un cycliste qui en a déjà fait trois, et de journée de vélo la plus difficile de leur vie par plusieurs autres. J’aurais aimé conserver le statut EFI jusqu’à la fin, mais je suis quand même content de l’avoir eu pour les 40 premiers jours de vélo, ce qui est davantage que la majorité des membres du groupe. Avec le repos que j’ai eu hier et que je vais avoir aujourd’hui à Marsabit, j’espère être en pleine forme pour la route vers Nairobi, où nous arriverons le 12 mars. Par la suite, nous roulerons les 14 et 15 mars, et, du 16 au 18, nous arrêterons à Arusha, en Tanzanie, où plusieurs d’entre nous allons en profiter pour faire un safari dans le parc national de Serengeti. Je vous en donnerai des nouvelles prochainement!

En vrac

La route sur laquelle nous avons roulé dans les derniers jours est très difficile, mais nous devons nous compter chanceux par rapport aux cyclistes qui ont fait le Tour d’Afrique il y a quelques années : la portion de cette route qui est devant nous (de Marsabit à Nairobi) est maintenant majoritairement pavée, alors qu’elle ne l’était pas auparavant. Merci à la Chine, qui paie pour paver plusieurs routes en Afrique, ce dont nous avons pleinement profité au Soudan et dont nous allons encore profiter au Kenya. Cette contribution au développement de l’Afrique n’est pas désintéressée de la part du gouvernement chinois, qui veut faciliter l’accès aux ressources naturelles dont il a tant besoin – certains diront que c’est une nouvelle forme de colonialisme, économique cette fois-ci plutôt que politique il y a un siècle, et ils ont peut-être raison… Chose certaine, quand nous allons rouler sur du bel asphalte neuf après plusieurs jours de chemins de terre, nous allons être contents que quelqu’un, quelque part, ait décidé de paver la route.

En chiffres

Nombre de jours où j’ai roulé : 6 (sur un total de 7)
Kilomètres que j’ai parcourus à vélo : 555 (sur un total de 641)
Calories que j’ai brûlées à vélo : 16 871
Crevaisons pendant la semaine : 2

En photos

Gens s'approvisionnant en eau dans ce qu'il reste d'une rivière presque complètement asséchée en Éthiopie. Certains villages ont des puits ou des sources qui fonctionnent bien, mais les résidents de ce village, touché par une sécheresse, sont moins chanceux.

Mon vélo se reposant au milieu d'une dure montée sur un chemin de terre/roche

Nous avons vu des centaines de termitières de différentes formes durant nos derniers jours en Éthiopie. En voici une.

Menu de restaurant à notre dernier jour en Éthiopie, pour les amateurs d'erreurs de traduction. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

La route sur laquelle nous roulions dans le nord du Kenya au cours des derniers jours... assez pénible, même pour les gens avec des vélos de montagne.

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7 réponses à De Arbaminch, Éthiopie à Marsabit, Kenya – 7 jours, 641 km

  1. JP dit :

    C’est certain que c’est décevant pour le EFI mais probablement que ça serait juste allé en se détériorant et qu’à ce moment tu aurais peut-être manqué plus qu’une journée.

    La  » route  » du nord du Kenya, c’est un route à cause des tracks laissées par les véhicules, sinon c’est la même chose que la partie déserte à gauchet à droite de celle-ci, ouff ça pas dû être évident!

    J’espère que tu vas guérir vite ! Bonne route !

    • Pierre-Luc Soucy dit :

      Ouaip, des fois on se demandait si on n’était pas mieux de rouler en-dehors de la route (et plusieurs d’entre nous l’ont fait pour quelques kilomètres)… mais ce n’était pas toujours possible malheureusement!

      Je suis presque remis à 100% là… donc je suiis bien content d’avoir pris le repos nécessaire avant d’arriver à Marsabit. 🙂

  2. Nous aussi, au Québec, on a des ressources naturelles….mais la Chine ne vient pas faire des routes ici…Ca doit être parce qu’on est une cause désespérée et qu’on ne vaut pas l’investissement!!! Ta route de terre du Kenya ressemble au chemin pour monter à la cabane à sucre…Décidemment, on a les idées fixes à Vaudreuil!

  3. Jonathan Sevigny dit :

    La dernière photo ressemble aux accotements de certaines routes à numéro du Québec…
    Pour le EFI, tu te reprendras une autre année 😉

    Allons s’y avec quelques nouvelles:
    Québécor lancera bientôt une nouvelle chaîne d’information anglophone Sun News. Les détracteurs du projet surnomme la station Fox News du Nord. On peut donc s’attendre à du journalisme de très grande qualité et non biaisé…

    Toujours dans le domaine des médias, le Québec a désormais son propre Wikileaks du nom de Québecleaks. Le site a été lancé mercredi matin mais ne comporte présentement aucune information.

    Le BAPE a rendu son rapport sur les gaz de schiste. Ce dernier recommande une vaste étude environnementale qui devra durer environ 2 ans. Durant cette période de temps, aucun nouveau puits ne pourra être construit.

    Depuis quelques jours, notre Wal-Mart n’est plus syndiqué. Une majorité des employés avaient signé une pétition demandant de se désaffilier du syndicat.

    Finalement, voici une nouvelle un peu surprenante. Le Texas est le premier état à vouloir contrer les abus de pouvoir de la TSA. Un projet de loi ferrait en sorte que les scanners corporels soient interdits dans les aéroports de même que les fouilles abusives. Un agent qui toucherait un des organes sexuels d’un passager serait emprisonné.

  4. Isabelle dit :

    T’inquiète pour le EFI, tu as déjà gagné accompli beaucoup de ton aventure africaine.

    Quelques questions en vrac pour toi:
    – Après toutes ces calories brûlées, qu’est-ce qu’il restera de toi à ton retour?
    – Le fait d’avoir vu autant d’enfants quêteurs, est-ce que tu remets en question ta volonté d’être éventuellement un père?
    – Comment fais-tu pour non seulement survivre aux conditions extrêmes et tout de même écrire des billets d’une telle qualité?
    🙂
    Aller, repose-toi bien.
    Courage pour le restant, en te souhaitant plein de cadeaux du colonialiste chinois hihi

    • Pierre-Luc Soucy dit :

      En effet, même sans EFI, je retire beaucoup de mon voyage! 🙂

      Pour répondre à tes questions:

      – J’essaie d’ajuster mon alimentation en fonction de ma dépense calorique, et bien que je n’arrive pas à manger autant qu’il faudrait pour maintenir mon poids, je n’ai pas trop maigri. À la fin du voyage, je m’attens à avoir perdu entre 10 et 20 livres, alors il suffira de manger beaucoup de fromage, de gâteaux et de chocolat à mon retour pour revenir à un poids un peu plus normal. 😉
      – Pour les enfants quêteurs, pas vraiment… mais ça me fait vraiment me questionner sur la pertinence de l’aide internationale, et sur ce qu’on devrait faire (if anything) pour mettre fin à cette apparente dépendance des Éthiopiens envers les blancs.
      – Pour mes billets, disons que je fais des efforts… mais aussi que le vélo n’est pas trop épuisant pour le cerveau, alors il me reste encore un peu d’énergie à ce niveau quand arrivent nos journées de congé pour écrire des billets.

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